[ANALYSE] La consolidation en cours du marché des télécoms : Rachat de Covage par Altice-SFR

Datum:17. Dezember 2019

Le 25 novembre, le groupe Altice-SFR a annoncé être entré en négociations exclusives auprès du fonds Cube, actionnaire référent de Covage, pour racheter l’opérateur d’infrastructures FTTH.

Cette opération de rachat, estimée à 1 milliard d’euros, intervient au terme d’une année mouvementée pour le marché français des télécommunications, récemment marqué par le record du nombre d’abonnés à la fibre au 3ème trimestre (557 K) pour les quatre opérateurs (Bouygues, Orange, SFR et Free) et le lancement, par l’ARCEP, du processus d’attribution des fréquences 5G.

« Nous sommes extrêmement fiers d’intégrer Covage, une excellente société, avec un portefeuille de zones en France complémentaire au nôtre » s’est félicité Patrick Drahi, le Président de SFR.

D’après les chiffres récents publiés par l’ARCEP, Covage (qui avait racheté l’opérateur Tutor) se positionne actuellement à la troisième place du classement des opérateurs français en nombre de prises déployées (702 K), derrière Orange (10,41 M) et SFR (1,83 M), et au premier rang des opérateurs d’infrastructures, devant Axione (643 K) et Altitude Infrastructure (315 K).

Cette acquisition va permettre d’additionner les 5,4 millions de foyers déjà gérés par SFR aux 2,4 millions de foyers couverts par Covage à travers 46 RIP (Réseau d’Initiative Publique), portant à 8 millions le nombre de foyers équipés par l’opérateur au carré rouge.

Ces chiffres laissent entrevoir une double opportunité pour le groupe détenu par Patrick Drahi. D’une part, se renforcer dans les zones moins denses et, d’autre part, conserver sa deuxième place au rang des opérateurs français tout en rattrapant Orange et ses 10,4 millions de prises.

La finalisation de cette opération de rachat devrait avoir lieu d’ici le printemps 2020.

 

Une impression de déjà vu

Bien que la nouvelle ait fait grand bruit, il ne s’agit cependant pas d’un cas unique. Les 20 dernières années ont été le théâtre d’une multitude d’acquisitions ou de tentatives de fusions entre les opérateurs français afin de consolider leur position au sein du marché des télécoms.

Ainsi, le début du millénaire voyait le groupe France Télécom racheter l’opérateur ORANGE (et sa marque) à l’opérateur britannique Vodafone pour près de 40 milliards d’euros. Quelques années plus tard, en 2014, Altice, en concurrence avec Bouygues, faisait l’acquisition de SFR pour 13,36 milliards d’euros avant que le groupe présidé par Martin Bouygues ne tente une deuxième fois en 2018 de racheter SFR pour 24 milliards d’euros.

Entre temps, au début de l’année 2016, des négociations avaient également eu lieu entre Orange et Bouygues Télécom pour une possible fusion en vue d’une consolidation du marché français des télécommunications.

 

Une troisième vague de consolidation industrielle

Pour Richard Toper, Président du cabinet Setics et acteur reconnu du secteur des télécommunications en France, cette acquisition de Covage par SFR s’inscrit dans la continuité d’une série de vagues de consolidations industrielles.

 « J’ai vécu trois vagues de consolidations industrielles » explique-t-il. « La première en 1981 et 1982 avec les grandes nationalisations des secteurs industriel (incluant notamment le secteur des télécoms) et bancaire, la deuxième au début des années 2000 avec l’arrivée des fournisseurs d’accès à Internet et la troisième aujourd’hui avec le marché de la fibre optique. »

A ce titre, le secteur des opérateurs B2B (« business to business ») a connu, ces derniers mois, différentes opérations d’acquisition. Bouygues Télécom a notamment acquis l’opérateur Keyyo tandis qu’Iliad a racheté Jaguar Network pour 100 millions d’euros.

De même, des mouvements ont eu lieu au niveau des infrastructures avec la filialisation des infrastructures physiques (pylônes, réseaux FTTH) et la cession d’une part du capital à des investisseurs financiers. En 2018, dans le secteur des réseaux mobiles, Altice a créé la filiale SFR Tower Co, dont le capital est détenu par SFR et par le fonds américain KKR. Bouygues Telecom a quant à lui signé plusieurs accords avec l’opérateur espagnol Cellnex Telecom afin de lui vendre une partie de ses pylônes.

Dans le secteur des réseaux filaires, Altice a également cédé 49,99 % du capital de sa filiale SFR FTTH en concluant un accord avec un fonds d’investisseurs composé d’Omers Infrastructure, d’Allianz Capital Partners et d’Axa Investment Managers Real Assets.  Iliad, la maison mère de FREE, a de son côté créé, avec le fonds InfraVia, une société dédiée « à la gestion active des lignes fibres qui assurera notamment l’acquisition et l’exploitation des tranches de co-financement FTTH du Groupe dans les zones concernées[1] ».

Pour conclure, Richard Toper précise que « d’autres vagues se produiront sans doute dans les prochaines années, notamment avec la généralisation du FTTH et de la 5G ».

 

[1] Iliad. Communiqué de presse, « Iliad annonce un partenariat visant à accélérer le déploiement de la fibre optique en dehors des zones très denses en France ». [En ligne] 3 septembre 2019 [Consulté le 16 décembre 2019]. https://www.iliad.fr/presse/2019/CP_030919_Fibre.pdf